Artiste impressionniste

Edgar Degas

1834–1917 • Paris, France

Autoportrait d'Edgar Degas
Source du portrait : Wikimedia Commons, d'après un autoportrait aujourd'hui à la National Gallery of Art (domaine public).

Chez Degas, la vie moderne apparaît de biais : coupée, répétée, toujours observée. Il appartient à l'impressionnisme, mais jamais de la manière la plus prévisible. Là où Monet éprouve la météo et où Renoir éprouve la sociabilité, Degas revient sans cesse vers les salles de répétition, les champs de course, les modistes, les blanchisseuses, les baigneuses et les intérieurs de café. Ce qui l'attire, ce sont les corps au travail, les corps dans la routine, les corps vus quand la représentation cède la place à l'effort.

De la formation classique au Paris moderne

Edgar Degas naît à Paris en 1834 dans une famille cultivée de la bourgeoisie. Sa formation est sérieuse, presque sévère : dessin assidu, copie des maîtres anciens, séjours d'étude en Italie, fréquentation attentive de la Renaissance. Ce socle compte parce qu'il explique ce qui rend son œuvre ultérieure si singulière. Degas ne rejette jamais la structure ni le dessin; il les déplace vers des sujets modernes que la grande peinture académique savait mal saisir.

C'est pour cela que sa place dans l'impressionnisme reste à la fois décisive et un peu oblique. Il expose avec le groupe et partage son refus de l'autorité du Salon, mais il ne définit pas la modernité picturale d'abord par le plein air. Ce qu'il veut, c'est la ville, le théâtre, la salle d'exercice, la vue partielle, le morceau d'espace qui paraît pris au hasard alors qu'il a été construit avec une grande rigueur.

Pas seulement le ballet : la modernité comme routine

Le ballet est le motif auquel on associe spontanément Degas, et c'est logique. Il revient sans cesse aux danseuses à l'entraînement, en coulisse ou dans les moments de préparation plutôt qu'au moment du triomphe sur scène. Mais ce choix s'inscrit dans une habitude plus large. Chevaux de course, femmes au repassage, chanteuses, modistes, baigneuses : tous ces sujets lui servent à observer la répétition, la fatigue, le rôle social et le corps sous contrainte.

C'est là une modernité particulière. Degas n'a pas besoin du boulevard ou du port à l'aube pour être contemporain. Il trouve la vie moderne dans les routines, les institutions et les gestes professionnels. Le résultat est souvent plus aigu qu'une simple image de loisir. Chez lui, la modernité n'est pas seulement vitesse ou nouveauté. C'est une conduite disciplinée observée au plus près.

Un cas décisif : La Classe de danse

Sur Explainary, l'entrée la plus nette est La Classe de danse. Degas y transforme une leçon de ballet en structure d'attente, de correction et de hiérarchie. La salle compte autant que les danseuses. Le vide du parquet, les figures coupées et l'inégalité de l'attention donnent à l'ensemble l'allure d'un système d'entraînement plutôt que d'un spectacle.

La Classe de danse d'Edgar Degas
La Classe de danse : Degas fait de la répétition l'une des études les plus précises du travail, de l'attention et du contrôle dans la peinture moderne.

Ce tableau dit aussi pourquoi Degas compte au-delà du ballet comme thème. Il montre qu'une grande image peut se construire à partir d'intervalles : attendre, s'étirer, corriger, faire une pause, regarder les autres travailler. Au lieu de chercher le moment culminant, il donne une forme à ce qui précède ou suit l'événement.

Comment Degas déplace l'impressionnisme de l'intérieur

Degas compte parce qu'il prouve que l'impressionnisme ne se réduit ni au plein air, ni aux reflets sur l'eau, ni au loisir suburbain. Il transporte le mouvement à l'intérieur et dans les institutions. Les salles au gaz, les répétitions et les espaces réglés peuvent être aussi modernes et instables qu'un port ou qu'un boulevard. La même attention au fugitif demeure, mais elle passe ici par le cadrage, l'interruption et la routine des corps plutôt que par la météo seule.

Il élargit aussi ce que les artistes suivants peuvent apprendre du mouvement. Coupes, asymétries, points de vue obliques, impression d'une image prélevée dans un flux plus large : tout cela devient central pour l'art moderne après lui. Les peintres et les graveurs n'empruntent pas seulement à Degas ses danseuses. Ils lui empruntent une manière d'organiser le regard.

L'héritage de Degas après l'impressionnisme

L'héritage de Degas dépasse largement le seul ballet comme motif. Peintres, graveurs, photographes puis cinéastes reprennent ses cadrages coupés, ses points de vue obliques et son intérêt pour les corps observés entre deux actions plutôt qu'au seul moment culminant. Son influence compte parce qu'elle montre que l'art moderne peut construire son intensité à partir de la répétition, de la routine et de l'interruption, et pas seulement d'un grand événement.

Parcours de lecture depuis Degas

Le parcours le plus simple est le suivant : partez de La Classe de danse, élargissez vers l'impressionnisme, puis comparez la salle de répétition de Degas avec le plaisir public de Renoir et la distance urbaine de Caillebotte. Essayez ensuite le quiz artistique.

Sources principales