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Le col de Mishima dans la province de Kai

Katsushika Hokusai • c. 1830–1832

Le col de Mishima dans la province de Kai de Katsushika Hokusai
Source de l'image : Wikimedia Commons (domaine public).

Hokusai fait ici quelque chose de très habile : dans une série faite pour imposer le mont Fuji, il laisse un arbre géant presque lui voler l'image. Dans les Trente-six vues du mont Fuji, Le col de Mishima dans la province de Kai montre trois voyageurs qui écartent les bras autour d'un arbre immense, tandis que le Fuji reste petit au loin. Le but n'est pas de cacher la montagne. Le but est de montrer qu'elle reste reconnaissable même quand autre chose la dépasse un instant.

La force de la feuille vient de là. Hokusai y mène l'une de ses expériences d'échelle les plus nettes. Un tronc énorme, de petits corps, un Fuji réduit, et un ciel chargé de nuages suffisent à produire une image qui se lit vite et qui reste en mémoire.

Une vue du Fuji qui commence par un arbre

Le Met identifie l'arbre comme un ancien cryptomère, autrement dit un cèdre du Japon, et l'estampe le traite comme un second monument. Trois voyageurs ouvrent les bras autour du tronc, presque comme s'ils essayaient de le mesurer avec leur corps. Ce détail compte. L'image ne repose ni sur un paysage neutre, ni sur un simple décor. Elle repose sur une comparaison physique : à quelle taille sont les hommes, à quelle taille est l'arbre, et où se place alors le Fuji ?

La notice du British Museum aide aussi à lire l'image. Chaque marque dans l'écorce a sa propre énergie, ce qui donne au tronc un aspect massif, rugueux et vivant. Hokusai ne fait donc pas de l'arbre un simple cadre. Il en fait le fait principal du premier plan, celui qui oblige le regard à recalibrer toute l'échelle avant même de revenir vers la montagne.

L'intention de Hokusai est très claire : faire sentir d'abord l'échelle de l'arbre, puis seulement celle du Fuji. Sa méthode l'est tout autant : un tronc vertical gigantesque au premier plan, de petits corps accrochés à lui, et une montagne réduite mais parfaitement nette à l'arrière-plan.

Comment Hokusai rapetisse le Fuji sans le perdre

Le Fuji peut échapper au premier coup d'œil, mais pas longtemps. Hokusai le place au-delà du tronc et garde sa silhouette parfaitement nette. Le British Museum signale un détail très utile : une branche qui descend depuis le haut de l'image reprend la pente gauche de la montagne. L'arbre et le Fuji ne se font donc pas concurrence comme deux motifs séparés. Ils appartiennent au même dessin.

Le ciel compte autant que le tronc. Autour de la montagne, les notices muséales évoquent des nuages d'orage d'été et un nuage en chapeau au-dessus du sommet. Même réduit dans le lointain, le Fuji reste donc actif. Il n'est pas une forme morte au fond. Il garde une présence météorologique et assez de tension visuelle pour tenir tout l'arrière-plan.

Un titre de route, pas un relevé topographique

Le titre paraît très précis, mais le British Museum note que le col de Mishima ne renvoie peut-être pas à un point de vue exact au sens moderne. Il pourrait désigner un passage situé quelque part sur la route allant de Kōfu vers Mishima, peut-être près du col de Kagosaka sur l'ancienne frontière entre Kai et Suruga. Cette incertitude est intéressante. Elle rappelle que Hokusai ne produit pas un document de relevé. Il fabrique une image de voyage pour des spectateurs familiers des noms de route, des lieux célèbres et des variations en série.

Autrement dit, le titre fonctionne comme une étiquette de voyage dans la culture de l'estampe d'Edo. Il situe la vue de façon assez large pour être parlante, tout en laissant à Hokusai la liberté de pousser l'arbre, les corps, les nuages et le jeu d'échelle qui font la vraie force de la feuille.

L'un des meilleurs tests de la série du Fuji

Cette estampe montre très bien ce que la série permet quand le Fuji n'est plus la plus grande forme de la page. Dans Vent fin, matin clair (Fuji rouge), Hokusai donne presque toute l'image à la montagne. Ici, il fait l'inverse. Le Fuji recule en taille, mais pas en reconnaissance. Ce renversement explique beaucoup de choses : Hokusai ne répète pas une même formule de paysage. Il teste jusqu'où la montagne peut changer de taille, de rôle et de contexte sans perdre son identité.

Vent fin, matin clair (Fuji rouge) de Katsushika Hokusai, montré en comparaison avec Le col de Mishima dans la province de Kai
Image de comparaison : Vent fin, matin clair (Fuji rouge), où Hokusai laisse cette fois la montagne dominer presque toute la feuille.

Lis Le col de Mishima à côté de Kajikazawa dans la province de Kai et du Fuji vu depuis Kanaya sur le Tōkaidō, et le principe devient évident. Hokusai change à chaque fois la pression du premier plan : un lancer de pêche, une traversée difficile, un arbre énorme. Le Fuji reste la constante, même lorsqu'il cesse d'être la vedette immédiate de l'image.

Le Fuji reste mémorable ici parce que Hokusai accepte qu'autre chose le dépasse un instant.

Poursuivre depuis Le col de Mishima

Lis ensuite Fuji rouge, Kajikazawa et le Fuji vu depuis Kanaya. Chaque feuille modifie la pression du premier plan tout en gardant la même montagne lisible. Ensuite, essaie le quiz d'art.

Sources principales